
En quelques mois, entre Directives publiées et projets de Directives, la Commission a dévoilé peu à peu sa stratégie TVA des années à venir.
Pour rappel, après la nouvelle procédure des demandes de remboursement de TVA (Directive 2008/9/CE) qui doit entrer en vigueur dans moins d’un an et parallèlement à la mise en place du paquet TVA (Directive 2008/8/CE : règles communes d’application de la TVA sur les prestations de services) la Directive anti fraude (2008/117/CE) a été publiée au Journal Officiel de l’Union Européenne le 20 janvier 2009 suivi récemment d’une proposition de modification des règles de facturation dans l’Union Européenne.
Le mouvement vers le «sans papier» et l’auto liquidation est clair:
- dépôt des demandes de remboursement sur le site du pays d’établissement du requérant pour les dépenses engagées dans d’autres pays de l’UE.
(Texte Directive 2008/9/CE) : Article 7 - Pour bénéficier d’un remboursement de la TVA dans l’État membre du remboursement, l’assujetti non établi dans l’État membre du remboursement adresse à cet État membre une demande de remboursement électronique, qu’il introduit auprès de l’État membre dans lequel il est établi, via le portail électronique qui est mis à disposition par ce même État membre.
- Généralisation de l’auto liquidation des prestations de services entre assujettis de deux états membres différents, (Texte Directive 2008/8/CE) Lorsqu’un assujetti bénéficie d’une prestation de services de la part d’une personne qui n’est pas établie dans le même État membre, le mécanisme d’auto liquidation devrait être obligatoire.
- Seuils harmonisés des déclarations d’échanges de biens, transmises mensuellement et électroniquement,
(Texte Directive 2008/117/CE) La faculté prévue (de déposer trimestriellement)…/… cesse d’être applicable dès la fin du mois au cours duquel le montant total, hors TVA, des livraisons de biens …/… dépasse, pour le trimestre en cours, le montant de 50 000 EUR ou sa contre-valeur en monnaie nationale.
- Fin des entraves principales à la facturation électronique.
(Texte proposition de Directive) La proposition vise à lever les obstacles juridiques à la facturation électronique contenus dans la directive TVA, en prévoyant des règles identiques pour la transmission de toutes les factures, que ce soit sur support papier ou par voie électronique.
Les exigences applicables aux factures électroniques en matière de signature avancée et d’EDI seraient donc supprimées.
Les avantages pour les opérateurs et pour les pays membres sont clairs: le déclaratif et les éventuels paiements, dématérialisés, faciliteront et fluidifieront la transmission d’information …et les contrôles.
Dans ses considérations préliminaires, la Directive anti-fraude (2008/117/CE) constate que l’une des causes de fraude est liée au « délai qui s’écoule entre une opération et l’échange d’informations correspondant au sein du système d’échange d’informations sur la TVA …». Qu’est-ce qui empêchera les fraudeurs de s’adapter à ces nouveaux rythmes ?
Le projet de Directive sur la facturation impliquerait que soient levées toutes les mesures garantissant l’accord des parties, supprimerait le format sécurisé des données et donnerait au format électronique la même valeur que le format original papier.
Le sans papier trouvera alors domicile dans toutes les sociétés. Laissera-t-il la porte ouverte aux petits génies fraudeurs de l’informatique ?
Enfin, la Directive sur le remboursement de TVA dans un pays où l’assujetti n’est pas établi (2008/9/CE) indique très clairement dans son article 20, qu’en cas de doute sur l’exactitude ou la validité, le pays où le remboursement de TVA est demandé peut exiger « l’original ou une copie de la facture » : original électronique ou copie électronique d’un original ?
Même si ces différentes mesures vont dans le sens d’une plus grande responsabilité des opérateurs économiques (responsabilité solidaire entre client et fournisseur de différents pays de l’UE), si les efforts de la Commission sont louables pour tenter de :
• Réduire les coûts des entreprises ;
• Harmoniser les pratiques des états membres ;
• Accélérer la transmission d’information (et ainsi rendre la fraude plus difficile)
Il n’en reste pas moins qu’il faudra attendre 2010, 2011, 2015 voire 2019, pour leur entrée en vigueur. Sans parler du moment où leurs effets se feront sentir…
Et qu’une fois de plus, il est difficile de faire l’unanimité des états membres en la matière car au niveau national (hors Directives Européennes donc), certains états augmentent ou songent à augmenter les seuils d’assujettissement des micro-entreprises afin de dynamiser leurs auto-entrepreneurs. Ces augmentations de seuils fermeront alors l’accès aux échanges intra communautaires à ces entreprises : leurs acquisitions seront soumises à la TVA du pays du fournisseur sans possibilité de déduction ou orientera leur politique fournisseurs vers les pays aux taux de TVA les plus bas.
Qu’en sera-t-il alors de la responsabilité des états au niveau européen ?
Le grand marché unique y perdra plus que ses papiers, son identité peut être.
A moins que les fournisseurs ne soient dans l’obligation de s’enregistrer dans un ou plusieurs pays où ils ne sont pas établis pour cause de dépassement du seuil des ventes à distance ? Cela ayant comme résultat : moins de contraintes pour les acheteurs et plus pour les vendeurs.
Le grand Marché unique déshabillerait-t-il Paul pour habiller Jean ? Drôle de politique de sans papier.






